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Compte rendu rédigé par Laurine Quetin


                Albert Gier, Professeur de romanistique à l’Otto Friedrich-Universität, Bamberg, est connu depuis des années comme étant un spécialiste du texte opératique. Ses connaissances précises en philologie romane l’ont amené, au cours de sa carrière, à choisir le livret d’opéra comme objet d’analyse. Les bulletins (au nombre de 22 en décembre 2012) qu’il publie régulièrement à Bamberg, rassemblent un nombre impressionnant d’informations sur la recherche dans le domaine de la librettologie (Mitteilungen des Dokumentationszentrums für Librettoforschung). Cette mise à jour régulière témoigne de la part de l’auteur du présent ouvrage, d’une grande curiosité intellectuelle et d’une démarche scientifique rigoureuse. Il poursuit inlassablement ses recherches dans le domaine de la dramaturgie lyrique, comme le prouvent la parution en 1998 de son livre Das Libretto et ses nombreux articles connus sur le plan international. En 2005, notamment, il avait fait paraître dans un ouvrage collectif (Le monde germanique et l’opéra, le livret en question) un article intitulé « Argument et préface : les paratextes dans le livret italien des XVIIème et XVIIIème siècles » qui a préparé le terrain à cette production nouvelle. Reprenant le terme utilisé par Gérard Genette en littérature, Albert Gier construit ici un essai, œuvre de réflexion sur un de ces paratextes (« Schwellentexte ») qui lui paraît fondamental dans la conception générale du livret : il s’agit de l’argomento. Ce seuil ne traduit pas ici un changement culturel ou un nouveau courant comme le sera l’intitulé Esquisse d’un seuil pour Finnegan de Michel Butor en 1957, il illustre le franchissement d’une étape essentielle du texte lu (argomento) au texte récité qu’était le prologue suivi d’une sinfonia d’ouverture qui le mettait en valeur à la période baroque. Par étapes bien graduées, le spectateur présent dans le théâtre et qui avait le livret sous les yeux, passait, grâce à la page de titre, puis la dédicace et l’argomento, du monde réel présent dans la salle du théâtre, au monde fictif de l’ouvrage (avec la liste des personnages et les décors scéniques) qui allait être représenté dès le début de l’acte I, scène 1.

                En quatre chapitres, cet essai au sous-titre austère, « Theorie und Typologie des Argomento », analyse sa création, son contenu et son intérêt tout en expliquant la manière dont il est conçu, au travers de nombreux exemples (puisés dans des ouvrages qu’un index aurait utilement regroupés et signalés ainsi que tous les noms de leurs auteurs) de livrets. La couverture comporte en fond la reproduction dans les teintes de bleu gris, du tableau de Paolo Pannini. Cette représentation d’une cantate écrite par N.Jommelli dans un théâtre romain en 1747 illustre parfaitement le propos d’Albert Gier puisque parmi tous les spectateurs présents, certains sont occupés à lire les différentes parties du livret (dont l’argomento) qu’ils ont entre les mains.

                Deux chapitres d’environ 25 pages (chapitres I et IV) encadrent deux autres, plus fournis, qui traitent de la fonction de ce texte tout en détaillant ses éléments constitutifs et sa place dans la conception du livret. Si le chapitre I ouvre la porte, invitant ainsi le lecteur à franchir  lui aussi le seuil et à appréhender la réflexion menée par Albert Gier, le chapitre IV la conclut par la mise en perspective de l’argomento et du livret lui-même. Grâce à des exemples pris dans de multiples ouvrages de poètes vénitiens ou chez Métastase et ses contemporains, A.Gier met en lumière cet espace d’expérience que les créateurs des ouvrages cités partageaient avec leur public, c'est-à-dire l’intérêt dramatique, la préparation des scènes ou la logique théâtrale de l’époque dans l’opéra italien que les spectateurs partageaient implicitement dans la salle. Aucun résumé de l’intrigue n’était offert au lecteur du livret, seulement la compréhension de l’action principale, son lieto fine mais non la manière dont allait se dérouler toute l’histoire sur scène.

                L’opéra s’adresse à un public précis et délivre son message par l’intermédiaire de trois systèmes de signes, comme l’écrit Albert Gier dans son ouvrage Das Libretto (p.94) : la langue et la musique sont les codes acoustiques tandis que la réalisation scénique s’effectue au travers de codes visuels. Les études sur l’opéra ciblant plutôt une analyse du texte sont rares et dans l’introduction de ce nouvel ouvrage (conçu sous sa forme manuscrite dès 2006, p.18), Albert Gier s’étonne du peu d’intérêt accordé aux paratextes des livrets alors qu’ils sont, comme l’argomento par exemple, des références indispensables sur les sources des sujets et les témoignages des libertés prises pour les traiter dans l’opéra. La formule « si finge » se lit aussi bien dans les argomenti des poètes vénitiens du XVIIème siècle  que dans ceux de Métastase et ses contemporains au siècle suivant. Les poètes prennent la liberté de « corriger » l’histoire, montrant ainsi que le librettiste a le désir de se conformer aux goûts des auditeurs du drame lyrique tout en se plaçant sous l’autorité des Anciens. Car ils citent leurs sources (Albert Gier détaille celles qu’un librettiste prolifique au XVIIIème siècle, Giovanni Baldanza, offrit ses lecteurs et en commente la valeur, pp.154-159), voulant ainsi démontrer combien leur démarche est sérieuse. Mais l’argomento peut contenir des indications essentielles pour le chercheur contemporain sur la manière dont se sont déroulées la conception et l’écriture du livret. Enfin, le chercheur pénètre dans le domaine de théories esthétiques exprimées en quelques lignes pour souligner la liberté du poète face à son œuvre, qui en profite ainsi pour justifier l’imbrication des intrigues où fiction et réalité se côtoient. Il arrive également que l’argomento soit suivi d’une lettre au lecteur, comme si son auteur voulait nouer un dialogue avec lui.

                En conclusion, cet ouvrage de 187 pages, qu’Albert Gier qualifie modestement de « kleine Arbeit » (p.18), représente une réussite incontestable. On ne peut qu’admirer la maîtrise avec laquelle son auteur conduit son analyse étayée par des exemples judicieusement choisis, construit la trame de son raisonnement et offre d’excellentes traductions en allemand des extraits pris dans les différents argomenti. Dès 1998, dans son ouvrage Das Libretto (p.17), Albert Gier a mis en valeur l’intégration des études sur le livret, un temps l’apanage des musicologues, dans le domaine de la critique littéraire, surtout à partir des années 1960. Conscient de la richesse des informations recueillies grâce à ces « textes seuils » qui ouvrent des perspectives de lecture nouvelles, Albert Gier suggère aux chercheurs de se lancer, avec la rigueur et la passion nécessaires, dans l’étude des argomenti des oratorios et œuvres vocales religieuses de la même période. Une confrontation très intéressante à mener !







 

Comptes rendus

Albert Gier

Werkstattberichte: Theorie und Typologie des Argomento im italienischen Opernlibretto des Barock,

University of Bamberg Press, 2012, 187 pages.

Sylvie Bouissou

Catherine Kintzler

Marc Belissa

Albert Gier

Françoise Decroisette

Laure Schnapper

Claude Crousier

Marc-Mathieu Münch

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James Kennaway