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Compte rendu rédigé par Cécile Champonnois


                Professeur agrégée au Centre de recherches interdisciplinaires sur l’Allemagne (EHESS) et attachée au Centre français des musiques juives (CFMJ), Laure Schnapper est musicologue, spécialiste de la musique du XIXe siècle. Ses travaux portent aussi bien sur des pratiques musicales précises (L’ostinato, publié chez Champion en 1998), des genres spécifiques (Article « Chanter la romance », Napoleonica, 2010) que sur la place de la musique dans la société et dans les communautés.

                Comme en témoignent ses précédents écrits (articles et livres) et les références bibliographiques qu’elle utilise, Laure Schnapper ne se borne pas à l’étude d’un genre ou d’un répertoire. Elle est ouverte aux préoccupations que partagent ethnomusicologues, sociologues, philosophes et historiens. C’est donc un travail à forte connotation pluridisciplinaire que propose l’auteur qui ne se prive pas à plusieurs reprises de condamner ses collègues musicologues pour leur « choix élitiste » et leur peu d’intérêt pour les pratiques musicales arbitrairement jugées mineures, puisque non retenue dans les histoires de la musique. Ses travaux sur la place du piano et du répertoire pianistique au XIXe siècle, dont découle un séminaire de recherche à l’EHESS, et bien évidemment le présent ouvrage étudié ici, s’inscrivent dans cette pensée critique de l’auteur, comme en témoignent notamment les pages 13, 14 et 18.

                L. Schnapper présente donc un panorama de la vie pianistique du XIXe siècle à travers la figure passionnante, mais aujourd’hui oubliée, de Henri Herz (1803-1888), autrichien de naissance mais qui fit l’essentielle de sa formation et de sa carrière en France. Herz traversa le XIXe siècle et dut adapter sa pratique musicale pour se conformer aux exigences d’une succession de régimes politiques français : la Restauration, la monarchie de Juillet, la IIe République, le Second Empire et enfin la IIIe République. Face à la concurrence de ses contemporains, aux changements de goût et à la réalité politique en perpétuelle évolution, il dut modifier son choix de carrière, abandonnant la carrière de pianiste virtuose pour celle de professeur, puis de facteur d’instrument tout en poursuivant toute sa vie la composition.


                Henri Herz, magnat du piano est le reflet des préoccupations de l’auteur du livre. En effet, après une présentation détaillée de la vie et du début de carrière de Herz dans le contexte musical de son époque (chapitres 1 et 2), Laure Schnapper présente dans le chapitre 3 sa vie de virtuose dans le but de témoigner de la place du piano dans la vie musicale et des genres musicaux qui lui sont associés. Le chapitre 4 propose, quant à lui, un panorama de la carrière d’enseignant et de facteur de piano au XIXe siècle en s’appuyant sur la propre carrière de Herz. Enfin, le dernier chapitre présente sa tournée sur le continent américain et la respectabilité qu’il réussit à obtenir à son retour, couronné par sa naturalisation et les honneurs de l’état (officier de la Légion d'honneur).


                L’ouvrage de 319 pages comporte principalement cinq chapitres divisés en trois ou quatre sections ponctuées de tableaux explicatifs et d’exemples musicaux présentés avec soin. Très bien construit, il présente via le cas particulier de Herz et sa mise en contextes politique, économique, social et artistique, une réflexion plus large sur les pratiques musicales de l’époque.

                Le premier chapitre présente la vie musicale sous la Restauration à travers le prisme des années d’apprentissage et du début de carrière de Herz. L’auteur peut ainsi s’exprimer sur l’immigration juive du début du XIXe siècle, sur l’importance du Conservatoire dans la « naturalisation » esthétique des étrangers, sur le rôle capital des femmes dans les salons pour l’évolution de la carrière de Herz et de ses contemporains. Elle présente également un panorama de la place du piano dans la société, instrument très prisé des femmes qui ne peuvent cependant en jouir qu’à titre d’amatrices, mais constituant une réserve importante d’élèves pour Herz et ses contemporains.

                Le deuxième chapitre s’attache plus particulièrement à la carrière de virtuose de Herz et montre comment la nouvelle génération de virtuoses (Liszt et Chopin) évince l’ancienne dans les salons et dans les concerts et l’oblige à changer son public-cible. Herz fut particulièrement touché puisque une cabale fut fomentée par Maurice Schlessinger contre lui (86 et suivantes). Ce chapitre permet également à Schnapper de remettre en question l’idée reçue que les pianistes-compositeurs jouent uniquement leurs œuvres ; Herz interprète également d’autres œuvres comme celles de Hummel, dont il se fait « une sorte de spécialité » (108).

                Le troisième chapitre est consacré au genre de la variation, que privilégie Herz et la plupart de ses contemporains. Ce genre l’a attiré dès sa sortie du conservatoire au point que l’opus 1 est une variation et que Gustave Choquet avait surnommé Herz le « roi de la variation » (124). Comme le montre très pertinemment Laure Schnapper, le « répertoire de masse » (15) que constituent les variations et fantaisies, ne relève donc pas uniquement d’un art industriel (15), il est le fruit d’un désir de satisfaire le public par des œuvres divertissantes d’une extrême virtuosité et d’une complexité sous-évaluée. Pourtant Laure Schnapper se refuse d’aller jusqu’à affirmer que des œuvres divertissantes peuvent également être des œuvres d’art, même si ses analyses des extraits d’œuvre conduisent le lecteur à cette conclusion quels que soient ses a priori. Cette objectivité et cette réserve sont des points pour lesquels l’auteur doit être remerciée puisqu’elle ne pousse pas le lecteur à conclure dans son sens, mais l’y amène naturellement par un examen minutieux de la carrière et des œuvres de Herz. Elle propose en outre une réflexion sur le droit d’auteur et la réécriture (plagiat et originalité, 129) et sur les liens entre la musique pour piano et l’opéra (124).

                Dans le quatrième chapitre, il est question des différentes facettes de la carrière musicale de Herz qui ne peuvent être détachées les unes des autres, puisque Herz faisait la promotion de ses instruments et de ses talents de pédagogues via ses œuvres musicales et ses écrits pédagogiques, tout en mettant en valeur son métier d’enseignant et de facteur de piano, via ses concerts de virtuoses. Par exemple, les concertos composés et interprétés par Herz au concert servaient ensuite de morceaux d’examen aux concours du Conservatoire.

                Le cinquième chapitre retrace le « séjour de Herz en Amérique et ses conséquences ». Il a d’autant plus d’intérêt pour le lecteur qu’il est ponctué d’extraits du compte rendu de ce voyage publié en feuilleton dans La France musicale en 1851 et 1852, Mes voyages en Amérique, écrit probablement par, ou avec, Oscar Comettant (228-229). L’intérêt de cet écrit est double : suivre sa tournée de concerts planifiée par le futur impresario Bernard Ulmann (240-241) et découvrir à travers ses yeux les conditions de vie sur un autre continent, et notamment son désaccord avec l’esclavagisme, son intérêt pour la musique des esclaves, et son étonnement de devoir jouer devant un public hétéroclite. Son séjour sur le continent américain fut en outre à l’origine de plusieurs compositions et lui ouvre un marché considérable pour sa fabrique de pianos. Ce chapitre montre également que Herz a fait des tournées jusqu’à Saint-Petersbourg. Il aura donc parcouru l’Europe entière et l'Amérique, infatigable et toujours avec le souci de s’élever dans la société, ce qu’il réussira à faire notamment en cherchant la respectabilité en tant que compositeur par la publication de sonates et d’études et en tant qu’entrepreneur, obtenant finalement sa naturalisation et les honneurs de l’Etat.


                L’auteur revient dans la conclusion sur le manque d’intérêt des musicologues pour un compositeur, que l’on pourrait de nos jours qualifier de mineur, s’étant consacré à la composition pour un instrument dont le prestige a grandement diminué et dans un genre aujourd’hui oublié. Laure Schnapper montre très clairement que Herz s’est finalement exclu lui-même du panthéon des virtuoses et des compositeurs, en s’attachant principalement à un genre démodé et en refusant de se conformer à la nouvelle figure émergente de l’artiste, poète ou musicien maudits, souffrant pour son art et devant se montrer en spectacle. Cependant, dans l’ensemble de l’ouvrage, l’auteur témoigne également des innovations constantes proposées par Herz dans tous les domaines d’expertise touchant de près ou de loin au clavier : réflexions sur la pédagogie et l’invention de doigtés ainsi que du dactylion, création de piano de toutes sortes à prix réduits (dont une innovation avec des claviers à sept octaves), renouvellement du genre de la variation et composition d’un concerto pour piano avec chœur pour finale, etc. En outre, Herz serait le premier compositeur à avoir écrit uniquement pour le piano et un pionnier dans sa conquête de l’Amérique, tant par les tournées de concerts que par l’exportation de partitions et d’instruments.

                Enfin, le catalogue des œuvres de Herz fourni à la fin du volume témoigne de l’extraordinaire travail de composition du virtuose-compositeur ; pourtant il a été volontairement limité par l’auteur à la première édition française, faisant ainsi non seulement l’impasse sur les reprises éditoriales françaises, mais également sur les éditions londoniennes, allemandes, italiennes, états-uniennes et australiennes. Il s’agit donc de souligner l’incroyable popularité de leur auteur et le grand rayonnement de ses œuvres en France et à l’étranger. Il aurait été bienvenu que l’auteur s’étende un peu plus sur les œuvres hors catalogue qui ont été exclues volontairement par Herz comme étant des arrangements et non des compositions (268). Dans quel but ont-elles été composées et pourquoi ?

                Les différents chapitre de cet ouvrage sont donc passionnants puisqu’ils  abordent chacun un aspect particulier de la vie musicale parisienne et de la carrière artistique internationale de Herz.  Plusieurs  reproches peuvent cependant être formulés. Pourquoi l’auteur annonce-t-elle le parti pris d’un choix aléatoire dans l’orthographe des noms d’auteur, lorsque des ouvrages spécialisés pourraient être utilisés, parmi lesquels le New Grove Dictionary, le Baker’s biographical dictionary of musicians ou La Musique de piano : dictionnaire des compositeurs et des œuvres (Larousse, 1998). Les références scientifiques auxquelles elle aurait pu faire référence sont nombreuses, d’autant que la justification proposée n’est pas convaincante :

                « En ce qui concerne les prénoms des musiciens franco-germanique, nous avons opté tantôt pour leur prénom français, notamment quand ils ont fait, comme Herz lui-même, toute leur carrière en France […], tantôt leur prénom germanique, en tenant compte de l’usage actuel (Franz Liszt et non François Liszt). Il semble en effet difficile de s’en tenir à une règle stricte à une époque où, en outre, l’orthographe était souvent fluctuante » (21).

                Il aurait été judicieux de développer les échanges de Herz avec ses confrères et les autres artistes (comme Théophile Gautier avec lequel on découvre l’existence de liens seulement à la fin de l’ouvrage, 225) qu’il pouvait fréquenter notamment dans les salons au début de sa carrière. Les relations plus intimes de Herz avec ses confrères ne sont pratiquement pas abordées dans l’ouvrage, tels Friedrich Kalkbrenner ou Antoine Marmontel ou avec des critiques contemporains comme Joseph d’Ortigue, dont les écrits sont fréquemment cités par l’auteur.

                Laura Schnapper souligne à plusieurs reprises l’oubli dans lequel sont tombés le compositeur et ses œuvres ; or il est à regretter qu’elle ne propose à son lecteur qu’un lien internet pour écouter un extrait des Variations sur la Violette de Herz et non un disque accompagnateur comprenant cet extrait ainsi que ceux analysés dans le cours de l’ouvrage, pourquoi pas interprétés sur un piano Herz ? Les coûts engendrés auraient certes été plus importants pour la maison d’édition, mais la publication d’ouvrages érudits tels que celui-ci ne doit, de toutes manières, pas être entreprise avec des visées lucratives. Dans le même ordre d’idée, il est à regretter que des photos des divers types de piano fournis par Herz, ainsi que des plans sur la facture des instruments et sur ses inventions techniques ne soient pas proposés aux lecteurs, qui ne peut qu’avoir une vague idée de ce dont il s’agit s’il n’est pas lui-même pianiste.


                Henri Herz, magnat du piano - La vie musicale en France au XIXe siècle (1815-1870) est donc un ouvrage d’une grande richesse d’informations et d’un grand intérêt, non seulement pour les curieux de l’histoire du piano et de l’histoire de la musique en général, mais également pour les sociologues, les historiens, et bien évidemment les musicologues, qui sont invités à réfléchir sur la nécessité de travailler sur des artistes « mineurs » afin d’enrichir notre connaissance de la vie musicale du passé, encore trop réduite aux grands noms. Le cas d’Henri Herz témoigne d’un chemin de vie parallèle à celui des « grands » compositeurs que sont Liszt, Chopin et Berlioz et dont on peut se demander si la carrière et l’implication musicale ne seraient pas plus importantes et finalement plus méritoires. C’est donc bien une réhabilitation que nous propose Laure Schnapper (même si elle s’en défend), non pas seulement celle d’Henri Herz, mais également celle d’une multitude d’artistes oubliés qui furent d’une importance marquante à leur époque auprès des différents publics passionnés de musique.

                





 

Comptes rendus

Laure Schnapper

Henri Herz, le magnat du piano - la vie musicale en France au XIXème siècle (1815-1870),

EHESS, coll. "En temps & lieux", 2011, 319 p.

Sylvie Bouissou

Catherine Kintzler

Marc Belissa

Albert Gier

Françoise Decroisette

Laure Schnapper

Claude Crousier

Marc-Mathieu Münch

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