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Comptes rendus

James Kennaway

Mauvaises vibrations ou la musique comme source de maladie : histoire d’une idée.  Trad. Nathalie Vincent-Arnaud.  Limoges : Lambert Lucas, 2016. 240 pp.  ISBN 978-2-35935-151-4. 18 €.

  

Sylvie Bouissou

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Catherine Kintzler

Marc Belissa

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Françoise Decroisette

Laure Schnapper

Claude Crousier

Marc-Mathieu Münch

Ensemble Corrélatif

Compte rendu rédigé par Pierre Degott



            Initialement publié en 2012 aux éditions Ashgate, l’ouvrage de James Kennaway bat en brèche l’idée, inscrite dans nos mentalités judéo-chrétiennes depuis l’épisode biblique de la lyre de David, selon laquelle la musique aurait de tout temps été source d’harmonie, d’apaisement et de sérénité. À la croisée des disciplines, puisant autant dans des sources médicales scientifiques que dans des documents de nature littéraire ou artistique, ce livre tout à fait passionnant fait état de toutes les théories ayant tendu, depuis près de trois siècles, à montrer que la musique pouvait avoir des effets négatifs sur la santé et sur la psyché humaines. À l’issue d’une introduction où il est fait le point sur l’existence d’une véritable musique dite « pathologique » – de passionnantes remarques sur l’épilepsie musicogène, notamment –, l’ouvrage analyse avec toute la rigueur scientifique requise l’émergence à la fin du XVIIIe siècle de la croyance, induite par les récentes découvertes en anatomie et en acoustique, selon laquelle la musique représenterait un danger pour la santé de par la surexcitation des nerfs ; les théories alors élaborées par John Brown laissaient en effet à croire que toute maladie était due à un dérèglement nerveux. Consacré à la période allant de 1850 à la Première Guerre mondiale, le deuxième chapitre se penche quant à lui sur l’existence d’une musique dite « nerveuse », et notamment sur le débat tenu alors sur les compositions de Richard Wagner, vues comme « dégénérées » de par leurs effets supposément néfastes sur la santé et la sexualité. Analysant le discours tenu sur les effets du jazz et sur les questions raciales, le chapitre suivant analyse le retentissement politique, autant en URSS que dans l’Allemagne nazie, des jugements alors portés sur les nouveaux développements musicaux. En toute logique, le dernier chapitre étudie, toujours avec clairvoyance et lucidité, la manière dont la musique a été politiquement instrumentalisée pour des pratiques aussi contestables que l’hypnose, la manipulation mentale, le lavage de cerveau, l’utilisation d’armes acoustiques ou encore la torture. La conclusion, peut-être un peu courte, permet d’entrevoir, avec la récente apparition de phénomènes troublants comme le « i-dosing », des développements et prolongements encore plus effrayants…

                Spécialiste en histoire sociale et culturelle de la médecine, l’auteur s’adresse de toute évidence à un très large public en évitant sciemment le recours à tout jargon médical qui pourrait rebuter le lecteur non averti. Outre les musiciens, musicologues et amateurs de musique, ce livre extrêmement clair et agréable à lire, tout en étant d’une grande rigueur scientifique, intéressera donc tout chercheur et praticien œuvrant dans des domaines aussi variés que la médecine – notamment la psychologie, la psychiatrie, la neurologie ou gynécologie – mais aussi la littérature, l’anthropologie, la sociologie ou l’histoire des idées. Un des grands mérites de son auteur, outre l’esprit de synthèse et l’érudition dont il fait preuve à tout moment, réside dans son objectivité et dans le fait de s’abstenir de tout jugement par rapport à une théorie qui pourrait aujourd’hui paraître dépassée ou saugrenue. On ne tarira pas d’éloges sur l’élégance de la traduction de Nathalie Vincent-Arnaud, même si l’on ne comprend pas vraiment pourquoi le lecteur français a accès à l’original des citations en allemand et non en anglais.

 




  

James Kennaway