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Comptes rendus

Anne Billy

" Le désir de Dieu " en images dans un antiphonaire de Saint-Maur-des-Fossés, Paris, Les Editions du Cerf, 2018. 412 pp.

  

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Albert Gier

Ensemble Corrélatif

Compte rendu rédigé par Christelle Chaillou-Amadieu (CESCM / CESCMUMR 73)



                L’ouvrage d’Anne Billy présente une version remaniée de sa thèse de doctorat en histoire de l’art soutenue en 2008 à l’université de Poitiers. Elle y étudieles quatorze initiales historiées d’un antiphonaire confectionné dans le monastère de Saint-Maur-des-Fossés au début du XIIe siècle, le manuscrit Paris BnF latin 12044.


                Cet antiphonaire de type monastique renferme 5682 pièces vocales en 241 folios, avec certains textes inédits (voir annexes). Employant une notation neumatique sur quatre lignes,usuelle à cette époque, l’antiphonaire contient, comme son nom l’indique, des antiennes mais également le texte des répons, des invitatoires et des hymnes (p.15), soit la partie chantée de l’office divin.

                Comme le précise l’auteur, le manuscrit a exclusivement été étudié pour les pièces qu’il contient, d’où la pertinence d’une étude sur ses initiales historiées. La perspective de l’auteur sera donc d’étudier ces représentations, d’en délimiter le sens et de les replacer dans leur contexte spirituel et historique, et de démontrer qu’elles forment un programme iconographique inédit représentant « l’aspect théorique de la recherche de Dieu » (p. 365) placé aux côtés du chant qui « révèle la dimension pratique de cette quête ».


                Pour ce faire, Anne Billy organise son discours en trois parties de quatre ou cinq chapitres. Les annexes contiennent une étude codicologique du manuscrit. La première partie est consacrée à l’étude de l’arpenteur, première initiale historiée du manuscrit placée au folio 65v, face au texte de la Genèse. Singulière à plus d’un titre, la représentation est analysée et confrontée à d’autres sources iconographiques et textuelles pour montrer que « l’arpenteur est un homme des sciences » et détient un « rapport à Dieu privilégié car il se place dans la droite lignée du créateur ». Très intéressant est le parallèle effectué avec le chantre pour son rapport à la mesure et au nombre. Si l’image du chantre est bien plus courante dans les manuscrits, comme le souligne l’auteur, le rapport aux nombres relie les deux figures, ce qui, effectivement, ne semble pas anodin.

                La longue étude consacrée à l’arpenteur, indispensable pour bien comprendre et asseoir l’idée d’un programme iconographique pensé et organisé, se poursuit par une étude des quatorze lettres historiées et du programme qu’elles représentent. L’auteur démontre avec pertinence que la série d’images reflète la Règle de saint Benoît et ses commentaires, eux-mêmes tirés du psaume 118 (p. 165). Le psaume 118 et ses commentaires ont pour objectif d’amener l’homme à la connaissance de Dieu et de le préparer à sa rencontre avec le Créateur. Les quatorze initiales historiées constitueraient selon l’auteur un reflet des normes bénédictines et en synthétiseraient les principaux préceptes.

                L’auteur choisit d’étudier les représentations par thématique. Ainsi, l’Homme est traité à quatre reprises et son aspect reprend celui de l’arpenteur : l’homme nu (f. 98r) ; l’homme et le monstre (f. 189) ; la femme et le monstre (f.193) ; l’homme à l’aiguière (f. 207). L’état originel (homme nu), le combat entre le bien et le mal de l’homme et de la femme, et la jeunesse retrouvée (l’homme à l’aiguière) constituent donc une illustration de l’homme dans sa globalité et de son combat spirituel jusqu’à sa rédemption.

                L’importance de la loi, idée maitresse du psaume 118 et des textes qui s’y réfèrent (p. 198), est signifiée avec plus ou moins d’intensité dans tous le programme du manuscrit latin 12044.  La personnification de la Justice et de Judas (f. 95) s’intercale entre celle de l’arpenteur et celle de l’homme nu. Les références à la loi se poursuivent avec les représentations de saint Pierre (f. 151), saint Paul (f. 154v) et saint Benoît (f. 157v). La colonne du f. 207, qui clôt le programme iconographique, matérialise la justice à l’instar de l’arbre de justice.

                Comme le souligne l’auteur, les vertus théologales données par saint Paul guident aussi ce programme iconographique car elles sont « destinées à guider l’homme dans son rapport au monde et à Dieu » (p. 233). La progression de l’homme pour devenir un « homme nouveau » (chap. 4) à travers les images du « psalmiste » (f. 97v), de l’homme nu (f. 98) et de l’ange de la résurrection (f. 99v) estintégrée dans le contexte de la Passion du Christ.

                La troisième partie de l’ouvrage se divise en plusieurs thématiques : le temps, la présence de Dieu et l’acte créateur. Comment combiner l’éternité et le temps ? Selon l’auteur, le concepteur du programme use de « la chronologie relative et la suggestion afin de faire apparaître Dieu figé dans son éternité mais présent dans le temps humain ». Il est ensuite montré que l’arpenteur (f. 65v) et l’homme à l’aiguière baptismale représentent l’alpha et l’oméga du programme, et les autres images des « étapes à franchir » (p. 322). Le positionnement des têtes est en cela révélateur et illustre cette idée de progression et le temps divisé en trois parties (p. 323) : les têtes sont tournées vers la gauche avant l’ange de la résurrection (passé) sauf celle de la Justice qui regarde le lecteur (présent), et les personnages suivants regardent vers la droite (futur).  En effectuant des parallèles avec notamment les écrits de saint Augustin, les commentaires du psaume 118 d’Hilaire de Poitiers ou la règle de saint Benoît, l’auteur montre avec justesse comment ces initiales historiées sont une véritable théologie illustrée qui s’insère dans le contexte monastique dans lequel le manuscrit a été élaboré (p. 357). Le fond du message est la quête de Dieu avec un discours construit comme une démonstration mathématique et géométrique. Véritable « livre de la Parole révélée par les images » (p. 365), le manuscrit est une subtile alliance entre théorie et pratique (chant) dans un but commun : la quête de Dieu.


                De lecture aisée et très bien documenté, le livre d’Anne Billy manie avec intelligence les sources théologiques afin de comprendre et de replacer en contexte ce programme iconographique.Cet ouvrage passionnant ouvre la voie à de nouvelles perspectives de recherche bien utiles pour les disciplines annexes, notamment pour la musicologie médiévale.

 




  

James Kennaway

Anne Billy