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Revue Musicorum

Spectacle

Chapelle baroque du Conservatoire au Pays d'Apt-Luberon

le 12 novembre 2016

à 20h30 

  

La Querelle

ou l'art de décrier ce qu'on n'entend point

La Querelle est une forme inédite de représentation où la musique, son histoire et les émotions qu’elle génère sont au centre d’un conflit qui perdure depuis des siècles.

             

Ce spectacle est librement inspiré des nombreuses querelles qu’engendra le débat des goûts entre l’Italie et la France depuis le milieu du XVIIème, notamment la célèbre « Querelle des Bouffons ». Cette dernière est alors le théâtre où s’opposent une pensée intellectuelle à une pensée ingénieuse, une nature mesurée à une nature passionnée, une expression rationnelle à une expression spontanée.


Les plus grands écrivains et philosophes s’invectivent à coups de pamphlets : pour les uns, la musique française est subtile et raffinée, pour les autres, la musique italienne est instantanée et brillante.

C’est la verve et l’impertinence de cette production littéraire qui sculpte les dialogues : ainsi, la quasi-intégralité des répliques en sont extraits.


Les personnages de cette farce musicale sont interprétés par cinq musiciens-acteurs.


Les événements historiques trouvent une résonance dans la trame qui les lie.

L’intrigue met en jeu leurs identités, leurs appartenances culturelles et leurs affinités artistiques : Héloïse est la jeune héritière de la musique française. Marthe, sa tante patronnesse, en est la gardienne. Serpina, la servante, cherche sa place dans le salon de musique. Quant à Marie, leur dame de compagnie, elle prône la tempérance tandis que Léandre, l’amant flamboyant d’Héloïse, veut fuir à tout prix avec elle. 


La musique, toile sonore sur laquelle leurs passions émergent, est à la fois le catalyseur, la matière première et l’objet qui décidera du chemin qu’ils emprunteront.


Le spectateur pourra à loisir profiter d’un spectacle original et se laisser aller à une lecture des enjeux spécifiques de la Querelle, qu’ils soient musicaux, culturels, sociaux, politiques ou idéologiques.

 


  

Introduction

- J.-H. D’Anglebert - Prélude, extrait de la première Suite de clavecin

- G. B. Pergolesi - Stizzoso, extrait de la Serva Padrona

- J.-P. Rameau - Ouverture, extrait de Hyppolite et Aricie

- J.-M. Leclair - Andante et Allegro assai, extrait de la Sonate V

- A. Corelli -  Adagio, extrait de la Sonate V opus 5

- J.-B. Lully - Air, extrait du Ballet de la Raillerie

- J.-P. Rameau - Air de la Folie, extrait de Platée

- F. A. Bonporti - Recitativo, extrait du Concertino opus 12 n.5

- U. Tozzi - Ti Amo, citation

- M. Marais - La rêveuse, Pièces de Viole, Livre 4

- A. Vivaldi - Allegro, Le Quattro stagioni, citation

- A. Vivaldi - Allegro, extrait du concert en sol mineur La Notte RV 437

- L.-N. Clérambault - Laissez vous toucher par mes pleurs, extrait de Orphée

- F. Couperin - Passacaille, extrait de La Française, Les Nations




  

Programme

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                                                « Formons les plus brillants concerts »


            Le conservatoire de musique du pays d’Apt-Luberon sous la direction de Michel Rey, accueille chaque année des créations sur des thématiques différentes, preuves de la vitalité de son institution. Le soir du 12 novembre 2016 en sa chapelle baroque, c’est une représentation particulière, intitulée La Querelle ou l’art de décrier ce qu’on n’entend point, qui est offerte à un public venu nombreux. La claveciniste et musicologue Elisa Barbessi et Damien Tresanini, le metteur en scène, ont veillé aux moindres détails de cette œuvre pour la réaliser grâce à des références précises aussi bien littéraires que musicales. Aux extraits d’ouvrages du XVIIIème siècle, correspond un choix assumé de compositions musicales exécutées au tempérament mésotonique de Rameau (415 hz.).

            De nombreux auteurs du XVIIIème siècle ont entrepris « d’écrire sur la musique ». La prolifération des textes témoigne de l’intérêt porté à la nature de l’art musical. Il existe soit des écrits polémiques autour d’événements musicaux tels que la Querelle des Bouffons soit des écrits liés à la réflexion sur les genres lyriques italiens et français. La démarche des concepteurs du spectacle consiste à réaliser un ouvrage dans l’esprit de la Querelle des Bouffons. En lecteurs avertis de ce corpus d’écrits, si fourni, Elisa Barbessi et Damien Tresanini extraient tout ce qui leur permet de construire le livret. Il est fondé sur les préjugés et les opinions esthétiques qui déterminent des attitudes d’écoute et expliquent l’évolution de la sensibilité musicale.

            Cependant il existe une distance entre tous ces écrits et la réalité des goûts musicaux de leurs contemporains. La clef de compréhension de ce spectacle complexe, intitulé « farce musicale », se trouve dans l’exécution de l’air chanté par La Folie dans Platée de Rameau (1745). Serpina, la servante, oblige l’austère Marthe, admirablement campée par Mireille Collignon et que Lully enchante toujours, à écouter ce passage dans lequel l’art de Rameau détourne à des fins comiques, coloratures et ornements : un admirable pastiche qui réalise un équilibre paradoxal entre les esthétiques françaises et italiennes. Dans le personnage de La Folie chanté par Serpina qui prône la joie de vivre et découvre ses talents vocaux, Christelle Enndevell offre une version talentueuse de cet air grâce au timbre tantôt tranchant tantôt étonnamment léger de sa voix : est-elle une furie d’opera seria ou la magicienne Circée ? Or Marthe n’est pas convaincue par cette magistrale leçon de chant ; elle pourrait reprendre à son compte les vers d’Orgon dans la comédie de Chabanon, L’esprit de parti ou Les Querelles à la mode :

« Du florentin Lulli je sens la mélodie,

Sa lyrique boutade échauffe mes esprits. »

            Platée, la comédie lyrique de Rameau réussit à créer des liens entre deux univers lyriques qui seraient inconciliables : le français et l’italien. Comment Elisa Barbessi et Damien Tresanini ont su tirer d’un sujet a priori rébarbatif, un tableau musical si particulier, voilà un bel exemple du miracle qu’ils ont opéré ! Qui pourrait se vanter, en sortant de la représentation, d’avoir reconnu les phrases écrites par Le Cerf de La Vieville, Raguenet, d’Holbach, Rousseau, Grimm, etc…, c'est-à-dire, avoir passé son temps à vérifier la teneur des textes prononcés par les cinq protagonistes ?


            Dès son arrivée dans la salle, le spectateur découvre le premier tableau : sous ses yeux, une toile baroque avec des personnages plongés dans une demi-pénombre, immobiles comme des statues. C’est le clavecin qui va lancer la magie du spectacle et commencer toute l’histoire.

            Le spectateur se trouve, malgré lui, dans le salon de tante Marthe et il n’est pas décidé à en partir grâce à la présence « vivante » des acteurs qui réalisent une prouesse magnifique durant plus d’une heure et demi : jouer leur rôle et interpréter la musique en professionnel dans les deux cas. Un exemple doit être cité, qui exprime bien ce tour de force : l’exécution de l’allegro de La notte de Vivaldi, s’achève dans une confusion parfaitement imitée, notamment par le violoniste Michel Coppé, Léandre dans cet ouvrage, qui nous montre effectivement comment il « tourmente son violon et son corps ». Il offre plusieurs fois au cours du spectacle, son habileté et sa virtuosité, que ce soit dans une sonate de Leclair ou l’Estate dans Le Quattro Stagioni de Vivaldi.

            Tout le spectacle baigne dans la poésie et la fantaisie sans cesse maîtrisée. Qui dans la salle de la chapelle n’a pas été ému par le jeu de la flûtiste Marie Chevaleyre au cours de l’arrangement de l’adagio de la sonate de Corelli ou celui de la gambiste Mireille Collignon pour La rêveuse de Marais ? Mais une scène burlesque chasse le songe. Après les flamboyantes folies, les versatiles vanités, voici l’intrusion espiègle, décalée et comique dans le monde présent grâce à un extrait d’une chanson italienne moderne mais accompagnée avec tant de conviction par Elisa Barbessi au clavecin ! La sage Héloïse, interprète d’un prélude d’Anglebert ou de Bonporti, se jette comme une furie sur son clavier pour la chanter et provoque des rires dans la salle.

            Car le public a bien accueilli cette farce aux accents tendres, marquée par des situations pittoresques et presque tragiques quand Héloïse confie sa souffrance de ne pas avoir le droit d’aimer Léandre et de jouer tout le répertoire qu’il lui fait découvrir. Les répliques soigneusement référencées des personnages ont toutes leurs échos passionnés avec le clavecin, la viole de gambe, la flûte, le violon, sans oublier la voix, dans les œuvres françaises et italiennes. Réconciliation de deux musiques, amour de Léandre et Héloïse, tout est bien qui finit bien.

            Mais il y a un signe qui ne trompe jamais lors d’une représentation, Mozart a su admirablement l’exprimer à propos de La Flûte enchantée : « Ce qui me fait le plus plaisir, c’est le succès par le silence. » Restons dans l’enchantement baroque de ce délicieux conte musical !


Josie Chabrol et Laurine Quetin


  

Compte rendu de la représentation